Arme de destruction massive

Publié le 29 août 2017

Au cœur d’un marathon judiciaire maintes fois remis en cause, l’amiante demeure la grande faucheuse de plusieurs générations de femmes et d’hommes.

Michel Hervoche, qui vient de rejoindre le combat de l’Addeva44.

« Nous ne souhaitons pas que les coupables soient mis en prison, juste qu’ils soient officiellement jugés comme tels. C’est une question de reconnaissance morale pour les victimes et leurs familles, mais aussi un moyen d’enrayer ce fléau et de mettre en application de vraies obligations de diagnostics, de désamiantages et de prévention », explique Patrick Hamon, président de l’Addeva44* quant au “dossier amiante” actuellement en attente d’une décision du tribunal de Paris pour être instruit au pénal.

Une action forte qui semble cependant se diriger vers une voie de garage. « Les non-lieux s’enchaînent au prétexte, entre autres, que la datation d’exposition est difficile à établir. Il est vrai que les maladies se déclarent des années après un premier contact, mais la raison de ces lenteurs et annulations de procès se situe plutôt dans la mise en cause d’un gigantesque lobby de l’amiante impliquant de gros industriels, des personnalités du monde médical et surtout de l’Etat. »

Et les faits sont là : selon des estimations du Haut conseil de la santé publique, l’amiante pourrait tuer entre 68 000 et 100 000 personnes d’ici à 2050 en France. Mésothéliomes, cancers pulmonaires, broncho-pulmonaires, du larynx, de l’estomac, et on en passe. Aujourd’hui comme hier et malheureusement demain, des millions de personnes sont confrontées des mois et des années durant, non seulement à des souffrances physiques et psychologiques, mais aussi à des méandres administratifs kafkaïens.

*L’Addeva44 tient des permanences à Saint-Nazaire tous les lundis et vendredis, de 14h à 16h, à Agora 1901 (2 bis, av. Albert-de-Mun) ainsi que les 4e mercredis du mois, de 14h à 17h, à la Cité sanitaire.

Renseignements et prises de rendez-vous : 06 76 57 75 07.
Site : www.addeva44.fr

 

Témoignage

Michel Hervoche**, 68 ans, atteint d’un cancer lié à une exposition professionnelle.

Estuaire. Dans quelles circonstances avez-vous été en contact avec l’amiante ?

Michel Hervoche. J’ai travaillé dans une entreprise qui était paradoxalement chargée de recenser les bâtiments publics contenant des matériaux amiantés, suite au décret de 96/97 relatif à la dangerosité du matériau. A l’époque, mes collègues et moi prélevions des échantillons sur le terrain avec pour seules protections un nez de cochon et des gants.

Estuaire. Et vous n’étiez pas soumis à des contrôles médicaux ?

MH. Si, mais en 1999 la médecine du travail n’a rien décelé chez moi, donc aucun suivi spécifique n’a été mis en place. Ce n’est que vingt ans plus tard, après avoir craché du sang et alors que j’avais déjà quitté la boîte, que mon médecin traitant m’a prescrit une radio. Le couperet est tombé : j’avais développé une très grosse tumeur et devais subir rapidement une ablation du poumon. Ensuite, comme pour beaucoup, ça a été séances de chimio, perte de poids,fatigue, angoisse des proches… Et même si je suis aujourd’hui en rémission, la peur que de nouvelles métastases apparaissent est évidemment omniprésente (NDLR : quand nous le rencontrons, Michel Hervoche doit passer un scanner de contrôle dans l’après-midi).

Estuaire. Depuis 1997, l’amiante est officiellement interdite, les risques professionnels ont ensuite été reconnus et un fonds d’indemnisation aux victimes (Fiva, Fonds d’Indemnisation des victimes de l’amiante) a été créé. Qu’en est-il dans les faits ?

MH. : D’abord, il faut constituer auprès de la Sécurité sociale un dossier contenant une quantité de documents médicaux attestant la présence d’amiante dans le corps ainsi que des éléments prouvant que la contamination est en rapport avec un métier exercé. Un contrat de travail ne suffit pas, il faut également des témoignages sur l’honneur. Cette première étape permet la prise en charge des frais médicaux. Ensuite, pour prétendre à une indemnisation, il faut s’adresser au Fiva et, de nouveau, fournir preuves et attestations en tous genres. La procédure peut alors durer très longtemps. Enfin, et parce que l’on vit avec une épée de Damoclès très proche du dessus de la tête, on pense forcément à ceux que l’on laissera derrière nous. Et là, on se retrouve en procès juridique auprès de l’employeur pour que nos ayant-droits puissent percevoir une aide financière. Cela entame le moral de devoir prouver que l’on est de bonne foi alors que l’on est malade, fragile, inquiet, en colère aussi. Sans des associations comme l’Addeva44, autant dire que faire valoir ses droits est un indescriptible parcours du combattant dont on se sort difficilement tout seul.

Propos recueillis par Nathalie Ricordeau

**Michel Hervoche, qui est aussi auteur de romans, prépare un nouvel ouvrage abordant le problème de l’amiante, à paraître en avril 2018. Il est depuis peu bénévole à Addeva44.

 
 
 
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