Quatre jours sans écran : encore possible ?

Publié le 03 octobre 2017

Depuis vingt-huit ans, l’association Les Pieds dans le PAF n’hésite pas à transpercer l’écran lisse du Paysage audiovisuel français en menant un travail de fond d’éducation à l’image et aux médias auprès du grand public. De façon souvent ludique, elle apprend à décrypter les ressorts économiques et idéologiques des médias, à déconstruire l’élaboration de leur langage, à réfléchir “ensemble“aux rapports que nous entretenons avec eux. En insistant sur cet “ensemble“, pierre angulaire d’une expression libre et citoyenne.

Du 10 au 14 octobre, elle organise à Saint-Nazaire la maintenant bien connue Semaine sans/100 Ecrans, avec de nombreuses animations à travers la ville, entre information sur les ondes magnétiques, tables rondes, débats et ateliers de pratique. Avec aussi une expérimentation à suivre en direct, un défi lancé à des “cobayes“ volontaires : un sevrage numérique.
Claire Veysset, éducatrice en éducation aux médias de l’association Les Pieds dans le PAF, nous en dit un peu plus.

Estuaire. Racontez-nous la genèse de cette Semaine sans/100 Ecrans ?
Claire Veysset.
Elle existe depuis une dizaine d’années, suite logique de la Semaine sans télé que Les Pieds dans le PAF organisaient auparavant avec des événements comme le concours de la plus mauvaise émission. Forcément, nous nous intéressions uniquement à la télévision et à la radio, il s’agissait alors de devenir des téléspectateurs actifs. Nous n’en sommes évidemment plus là... le numérique et les écrans étant devenus des éléments prégnants de notre quotidien. Il était donc nécessaire que la Semaine sans/100 Ecrans prenne aussi une autre ampleur et que nous développions des partenariats avec d’autres collectifs qui militent dans ce domaine*.

Estuaire. Comment se déroulera l’expérimentation de sevrage d’écrans ?
CV.
Ce sera de vrais cobayes, d’âges et de configurations familiales différents, qui vont tenter de vivre quelques jours sans regarder ou utiliser d’écran. Il n’auront droit qu’à un téléphone filaire. Avec quelques contraintes, comme faire un déplacement inconnu (sans GPS), réaliser une recette exotique (sans Internet), inviter à une fête (sans e-mail, réseau social ou SMS)... Ils s’exprimeront au quotidien par des enregistrements, des dessins, des photos (sur papier) communiqués au public par des rapporteurs.

Estuaire. Croyez-vous vraiment que l’on puisse se priver de tous les écrans ?
CV.
C’est bien un des objectifs de ce défi : mesurer si c’est encore possible. Dans nos démarches administratives, dans la façon de nous informer ou de communiquer, avons-nous encore le choix ? Les cobayes vont-ils abandonner, vont-ils (re)découvrir un autre mode de vie ? Il ne s’agit pas de jeter les écrans à la poubelle, mais de réfléchir à leur place dans nos vies et à l’usage que nous en faisons. Y a-t-il de bonnes pratiques ? Cela nous rend-il plus intelligent ou plus bête ?

Propos recueillis par Mireille Peña

*Acrimed, PiNG, Snalis, Les Lucioles du Doc, la Horde des sentiers battus,  le Vlipp, les cinémas Atlantic et Pax, Kodcast, le Bruitagène.

 

 
 
 
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