Des citoyens se mobilisent pour l’hospitalité

Publié le 03 octobre 2017

« Depuis une dizaine d’années, le collectif Ucij (Uni-es contre une immigration jetable) Saint-Nazaire regroupe 18 associations* et des citoyens solidaires qui ne tolèrent pas le sort réservé aux sans-papiers. Nous voulons dénoncer la politique migratoire du Gouvernement, parce que nous pensons qu’une autre politique est possible, explique Nathalie Bruneau, militante à l’Ucij. Nous militons pour la liberté d’installation et de circulation. »

Le collectif se mobilise localement pour dénoncer des situations qu’il juge inacceptables en organisant notamment des parrainages républicains. Ce qui avait été un succès pour le jeune Fayçal Boutiba, un élève nazairien d’origine algérienne menacé d’expulsion en 2014.

Dès 2015, la Ville de Saint-Nazaire s’est portée volontaire pour l’accueil des demandeurs d’asile. Plus de 200 réfugiés ont été accueillis, mais parfois vite relocalisés vers d’autres villes de façon apparemment arbitraire. « Néanmoins, le parrainage républicain reste une bataille permanente, selon Nathalie Bruneau.Si les demandeurs ont été reboutés par la Commission nationale du droit d’asile, la municipalité estime qu’elle ne peut rien faire de plus pour eux. Alors que ces parrainages représentent des protections symboliques et médiatiques pour les familles sans papiers qui sont dans des situations administratives souvent aberrantes. Quand on a l’opinion publique derrière nous, c’est plus facile de peser à la préfecture. »

Un silence qui a de l’écho

Le collectif invite également à la prise de conscience publique lors de cercles de silence, tous les 3e samedis du mois, de 15h à 16h, depuis septembre 2009 sur la place des droits de l’Homme. « A chaque cercle de silence, nous choisissons une thématique. On peut informer sur la situation de mineurs isolés ou de familles en difficulté à Saint-Nazaire, mais aussi sur des problématiques nationales. Cet été, nous avons dénoncé le ‘délit de solidarité’ qu’a subi Cédric Herrou, condamné pour avoir accueilli les migrants. Car il n’y a pas seulement des migrants qui sont menacés, mais aussi les associations et les citoyens qui leur viennent en aide. »

Un travail en réseau

Le collectif est étroitement en lien avec le collectif Icar (Initiative citoyenne pour l’accueil des réfugiés), créé il y a deux ans, qui organise des parrainages entre réfugiés et Nazairiens. Chaque bénévole prend un réfugié sous son aile pour lui apporter des repas, lui donner des cours d’alphabétisation ou l’accompagner dans sa sociabilisation.

L’Ucij travaille aussi en collaboration avec le CSPSP (Comité de soutien des personnes sans papiers), qui renseigne les migrants sur leurs droits, les aide à constituer leurs dossiers pour leur demande de titre de séjour, contacte des avocats.

« Ce dont ne se rendent pas compte les collectivités, c’est que sans les collectifs comme Icar, le CSPSP ou Ucij sur Saint-Nazaire, l’accueil des réfugiés ne serait pas possible », déplore Nathalie Bruneau. En Europe, aujourd’hui, j’ai envie de parler de “crise de l’hospitalité“ et non de “crise migratoire“. »

Emmanuel Lemoine

* Amnesty International, Artisans du Monde, Attac, CCFD, Comité Solidarité-Palestine, Comité de Soutien aux Personnes sans papiers, FCPE, Femmes Solidaires, FSU, EELV, LDH, LO, Mouvement de la Paix, Mrap, NPA, PCF, PG, SUD-Trésor. Elles sont plus de 800 associations à en faire partie sur la France.

Quand le théâtre grec “raisonne” avec l’actualité

Ucij et le Théâtre artisanal de Trignac invitent le théâtre du Tiroir des affabulations pour une représentation des Suppliantes, d’après Eschyle. Cette pièce est issue d’un chantier citoyen qui réunit 32 acteurs amateurs en demande d’asile ou ayant obtenu le statut de réfugiés, s’exprimant en 6 langues. Ici, une cinquantaine de femmes venues d’Egypte, fuyant l’oppression et la mort, arrivent par bateau sur les rives européennes et demandent asile aux autorités grecques. Le prince de la cité d’Argos laissera son peuple décider du sort de ces suppliantes.
Pour certaines comédiennes, c’est leur propre histoire qui se joue sur scène. « Avec Bernard Chanteux, responsable du Théâtre artisanal transgénique, nous avons vu cette pièce cet été et souhaité la faire jouer ici, raconte Nathalie Bruneau, de l’Ucij. Ce qui nous a frappés dans ce texte, c’est qu’il a été écrit cinq siècles avant notre ère, mais que le propos parle de notre présent. » Vivrions-nous toujours la même tragédie antique ?

Provoquer l’échange

« Etant professeur de théâtre au lycée expérimental, poursuit Nathalie Bruneau, j’organise une rencontre avec mes élèves, le metteur en scène et des comédiens de la troupe pour parler de cette aventure. » Au théâtre Jean-Bart, la représentation sera également suivie d’une discussion avec les comédiens, lavalois et migrants réunis, et Jean-luc Bansard, metteur en scène et fondateur du théâtre du Tiroir en Mayenne.

Pour l’Ucij, la sensibilisation passe par de ce type d’actions culturelles. Ainsi, ce 8 novembre, le collectif organisera au cinéma Tati une projection du film J’ai marché jusqu’à vous, un documentaire qui illustre les parcours d’une jeunesse exilée, celle que l’administration nomme les “Mineurs Isolés Etrangers”.

E.L.

Les Suppliantes, d’après Eschyle, par le Chantier citoyen mené par le Théâtre du tiroir des affabulations.
Vendredi 13 octobre, 20h45, au théâtre Jean-Bart (3 bis, route du Fort-de-l’Eve).
Tarifs : 10 €, 5 € jeunes et précaires, gratuit pour les réfugiés. Réservation : 06 75 67 33 62, suppliantes13octobre@gmail.com

 
 
 
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