Rencontres noires / 2

Publié le 06 June 2017

« J’aimerais raconter le vent qui mugit dans l’acier »

Cinq fois fois par an, “L’écrit parle“ propose “Un auteur, des lecteurs dans la ville”, des lectures et échanges entre un écrivain et son public dans différents lieux de Saint-Nazaire. L’association clôt cette saison par une rencontre avec Pascal Dessaint, auteur phare du polar hexagonal, autour de son dernier livre, Le chemin s’arrêtera là*.
Pascal Dessaint partage ses creusets d’inspiration entre le nord de la France où il est né en 1964 et Toulouse où il vit. Invité régulier de feu le festival Délits d’Encre** de Saint-Nazaire, ville qu’il a bien connue du temps où elle accueillait “la nouvelle vague” du polar français, il a écrit 23 romans, la plupart édités chez Rivages/Noir, certains récompensés par des prix importants.

L’écriture, un acte social ?

Décrire, dénoncer, proposer. Pascal Dessaint fait partie de ces auteurs politiquement conscients et soucieux d’offrir des pistes de réflexions sur les tensions sociales et les dérives écologiques. Depuis dix ans, la nature et l’environnement sont au cœur de ses écrits : la catastrophes AZF à Toulouse dans Loin des humains, le scandale de Metaleurop dans Les derniers jours d’un homme, le Nord en totale déshérence industrielle dans Le Chemin s’arrêtera là. C’est en citoyen, « plus concerné qu’engagé », qu’il s’empare du roman noir pour témoigner et s’indigner. De sa plume à vif, exigeante, il  met ses tripes sur la page, nous interpelle tout en nous offrant quelques lueurs d’espoir. « Je défends l’humain le plus fragile », aime-il à répéter. Et nul doute qu’il les aime, ses personnages, jusqu’à la folie qui les habite.

Le chemin s’arrêtera là, texte poignant, traversé de fulgurances poétiques, nous raconte, dans une terre dévastée par la crise et abandonnée à une nature implacable, la fragilité et le combat quotidien des laissés-pour-compte qui l’habitent. Rythmé de chapitres courts écrits à la première personne, il entremêle les vies ravagées de six hommes et une femme, dans des paysages saccagés où tout peut arriver, surtout le pire… Prix Jean-Amila Meckert en 2015, c’est un grand livre sur de petites gens qui vous hante longtemps.

« Le polar est une littérature critique et responsable, l’écrivain y est dans la vie réelle. C’est une belle façon de désacraliser le livre et les auteurs. Et ce moment où un écrivain lit à voix haute ses textes crée une intimité rare avec le lecteur, comme une amitié qui naît. »

C’est l’un de ces moments précieux que l’association L’écrit parle et la Meet invitent à partager, avec un auteur qui a toujours su donner une voix à ceux qui n’en ont pas.

Jean-Luc Poultier

*Le chemin s’arrêtera là, éditions Rivage/Noir, 18 €, prix des Rivages des libraires.
**Lui-même ex-Festival du crime.

 
 
 
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