A la force des bras (et du sourire)

Publié le 23 octobre 2017

Lily Taix sera l’un des 23 auteurs invités du 1er salon des Ecrivains locaux de Saint-Nazaire. Portrait d’une battante.

Lily Taix a poussé dans les années 60 au cœur du quartier populaire de la Belle de Mai, entre une mère autoritaire et un père silencieux, à l’ombre de la manufacture de tabac de la Ceita, à la grande époque où celle-ci employait plus de 1 000 ouvriers. « Mes parents avaient acheté un petit bar-tabac, mais l’immeuble s’est écroulé. Ce fut la galère de leur vie, ils ont fini par gagner leur procès après vingt-cinq ans de procédure contre la Ville de Marseille. Mes parents étaient des bosseurs, mais ils étaient cassés. On peut dire que j’ai grandi dans la grande misère. » La petite Lily étouffe, elle a besoin d’espace et d’imaginaire. Alors, elle nage à la plage de Malmousque, « ma plage », et elle écrit des contes et des BD pour ses frères. Jusqu’à ses 16 ans, où elle fuit définitivement sa famille.

De petits boulots en petits boulots, d’une usine de crème fraîche à un service d’ambulanciers en passant par des situations d’une extrême précarité, c’est pour ses copines qu’elle écrit maintenant, sans s’autoriser à aller plus loin. Et c’est une jeune fille habitée par une boulimie d’instruction qui décide de passer un BTS par correspondance, puis une licence de Droit, avant de se lancer dans trois concours administratifs. Elle les réussit tous, elle a le choix : attachée territoriale, inspecteur de police ou l’Institut Régional d’Administration de Lille. « J’ai choisi Lille parce que, pour la première fois, mes études étaient payées, je pouvais enfin me poser. » Lily quitte Marseille pour le froid, elle a 25 ans.

La vie filera ensuite très vite, un poste au ministère de l’Intérieur en région parisienne, un mariage, deux enfants, jusqu’à son installation à Saint-Nazaire où elle suit son mari. « J’ai tout de suite accroché, je trouvais même que les Nazairiens étaient trop négatifs avec leur ville, moi elle me plaisait. » Mais l’administration ne suit pas, le ministère refuse sa demande de mutation, elle se voit obligée de démissionner si elle veut rester près de sa famille. « J’ai retrouvé un travail, mais je préfère ne plus parler de cette période noire, entre divorce et situation professionnelle douloureuse. »

Une nouvelle vie commence, une vie où le sport prend toute son importance : nage, course, triathlon, une énergie débordante qui doit trouver de quoi s’exprimer. « Le sport est vital pour moi, comme l’écriture, même si mes textes sont longtemps restés sur mon ordinateur. J’ai sorti Goulag Land* en 2010, puis L’homme parfait est un con, qui était déjà écrit. Résilience était dédié à mes enfants, quand j’ai passé un long temps à l’hôpital, je voulais leur parler de mon père, de moi. » Ce père mutique, abîmé, dont elle venait apprendre qu’il fut un grand résistant des Hautes-Alpes, en même temps qu’elle découvrait que Louis-Henri et Marguerite Taix, ses grands-parents, avaient reçu la Médaille des Justes pour avoir caché deux enfants juifs quand leur fils était dans le maquis. « Mes histoires ne sont pas la réalité, mais elles partent toujours de faits réels, comme mes deux livres suivants, Marseille mon amour et Commandos Marine. Chaque livre engendre le suivant, je creuse. »

Un pas après l’autre, Lily Taix mène ainsi sa vie de femme à qui rien n’était donné d’avance. Maintenant directrice des ressources humaines de la Ville de La Baule, elle nage tous les midis 40 longueurs minimum, « mon smic », mais plus souvent 80, la tête bouillonnante d’histoires, de souvenirs de Marseille, de destins croisés.

Mireille Peña

* Tous les ouvrages de Lily Taix sont publiés aux éditions du Net. Elle sera présente le samedi 28 octobre au Garage (40, rue des Halles).

 
 

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