Du rebelle à l’apaisé

Publié le 29 novembre 2016

Il sera sur la scène du Théâtre ce mardi 6 décembre pour présenter Première vague*. Le danseur-chorégraphe Julien Grosvalet nous parle de son parcours débuté à Saint-Nazaire.

Estuaire. C’est ici que vous avez fait vos tous premiers pas de danseur. Y présenter votre dernière création, c’est important ?

Très. J’ai dansé la première moitié de ma vie dans cette ville. Revenir avec un spectacle dix-huit ans après, c’est une énorme pression ! D’autant que l’ensemble du projet Tsunami**, dont Première vague n’est qu’un avant-goût expérimental, est coproduit par le Théâtre.

Estuaire. Justement, comment le petit garçon que vous étiez s’est découvert une passion pour la danse ?

Tout bêtement en assistant à la répétition d’un spectacle de fin d’année joué à la Mjep de Saint-Nazaire. C’est bizarre que je m’en souvienne car je n’avais que 2 ans. C’était une chorégraphie sur la chanson le Chat du groupe Téléphone. A la maison, je me repassais en boucle le morceau sur cassette en imitant un félin. Ensuite, j’ai pris des cours dans différentes amicales laïques de la ville, à l’école municipale et en cours privés pour entrer, à l’âge de 18 ans, au Conservatoire de Nantes. C’est là que j’ai rencontré Claude Brumachon, à l’occasion d’une reprise de sa pièce Folies. Je trouvais ça super pénible, jusqu’à ce que nous en présentions des extraits à la MCLA (aujourd’hui le Grand T, NDRL). Cela a été une vraie révélation et, quand je suis parti suivre une formation à Bruxelles, j’avais en tête de revenir vers lui pour intégrer sa compagnie.

Estuaire. En Belgique, vous êtes entré à la PARTS, le prestigieuse école dirigée par la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker. Quel souvenir en gardez-vous ?

Mauvais ! Je me sentais comme à l’“armée de la danse” ! C’était très rigide avec obligation de se plier à toutes sortes de contraintes, comme celle suivre un régime macrobiotique. J’ai vécu ça comme du flicage. A posteriori, je réalise que le plus important dans une formation c’est ce que l’on en retire, mais à l’époque j’étais trop rebelle.

Estuaire. Vous êtes donc retourné à Nantes…

Oui, pour un temps seulement, pour un stage international. Mais j’ai dû enchaîner auditions sur auditions, expériences en Espagne, Belgique... La carrière de danseur n’est pas facile, on forme des personnes à la pelle alors qu’il n’y a finalement pas beaucoup de travail. En ce qui me concerne, les choses se sont débloquées rapidement puisque j’ai été recontacté par Claude (Brumachon) pour devenir danseur permanent au Centre chorégraphique national de Nantes.

Estuaire. Jusqu’à ce que vous décidiez de danser de vos propres pas ?

Des années après ! J’ai créé la compagnie R14 en 2015. Cette décision répondait en premier lieu au désir d’être chorégraphe. Ensuite, j’avais de gros problèmes de dos, je vivais une période affective très houleuse et je savais que Claude allait quitter le CCNN. C’était le chaos personnel, sentimental et professionnel. Ce n’est pas un hasard si mes projets évoquent l’ombre et la lumière, le tourment intérieur et extérieur. Mais ils évoluent aussi vers l’apaisement ou une forme de sagesse qui s’impose après la tempête. Peut-être à l’image de ce que je ressens…

Propos recueillis par Nathalie Ricordeau.

*Première vague : le 6 décembre à 20h30 au Théâtre de à Saint-Nazaire. Renseignements et réservation : 02 40 22 91 36, www.letheatre-saintnazaire.fr

**Tsunami est le titre du quintette de Julien Grosvalet, en cours de création. Il sera présenté en avant-première courant 2017 à Saint-Nazaire.

 
 
 
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