Des métiers et des hommes

Publié le 14 février 2017

Ils font partie de notre paysage, mais les connaissons-nous vraiment ? Portrait de Sylvain Badon, capitaine de remorqueur.

Neuf heures tapantes. Sylvain Badon et ses trois équipiers reviennent d’une mission de sécurité à Donges, à savoir vingt-quatre heures passées à bord, prêts à intervenir en cas de problème sur la Loire. « C’est une de nos missions, en plus de celle qui consiste à accompagner et aider les différents bateaux dans leurs manœuvres programmées, à l’entrée ou la sortie du chenal. » Malgré la fatigue, le capitaine est souriant. Il propose un café et parle de son métier : « Nos embarcations sont petites, mais très puissantes. Elles assurent principalement le remorquage pour le chenalage, la mise à quai, le déhalage ou le désaccostage des navires dont la plupart relèvent du trafic énergétique ou marchand (pétroliers, gaziers, conteneurs céréaliers ou rouliers, NDRL). Nous sommes aussi mobilisés autour des prestigieux paquebots, comme ce fut le cas avec l’Harmony of the seas et prochainement la course The Bridge, mais c’est anecdotique par rapport à notre quotidien. En ce qui me concerne, du haut de ma cabine, mon rôle est également de veiller à la sécurité de tous mes équipiers, particulièrement exposés aux dangers quand ils sont sur le pont. »

Une vocation

« Mon père était marin militaire à Madagascar, où j’ai passé une bonne partie de mon enfance, mais ce ne sont pas les gros navires qui me faisaient rêver. Très tôt, j’ai nourri une fascination pour les remorqueurs, leur maniabilité, leur aisance, leur rôle... »

A 18 ans, ce jeune passionné fait ainsi l’école de marine marchande, obtient le concours d’hydrographe, et embarque quatre-vingt-huit mois avant de devenir capitaine. « Le parcours est de longue haleine et les places sont chères car ce métier permet de concilier vie professionnelle et vie personnelle. Nous alternons en effet une semaine à bord et une semaine à la maison. C’est un véritable confort pour ceux qui, comme moi, ont femme et enfants. »

Sa carrière, il la commence en 1999 à Mayotte. « Il n’y avait qu’un seul remorqueur dans le port. Nous étions sollicités pour tout, notamment des opérations de sauvetage quand survenaient des cyclones. Je me souviens par exemple d’avoir embarqué des légionnaires pour qu’ils viennent en aide à des personnes coincées sur une île. »
En 2006, Sylvain Badon décide de rejoindre les côtes de l’Hexagone et “débarque” à Nantes, puis Saint-Nazaire. « Mon rôle est le même, en revanche le matériel évolue, il faut se former régulièrement, mais nous gagnons en confort et qualité de travail. »

Aujourd’hui, c’est sur le VB Ouragan qu’il officie : « C’est mon bébé, déclare-t-il. J’ai effectué ses premiers essais en mer au Vietnam où il a été construit avant d’être livré en décembre 2015. » Un bébé dont la taille est inversement proportionnelle à la puissance. « Il peut tracter 70 tonnes, c’est l’un des plus performants que la société Boluda* possède ici, avec le VB Typhon arrivé en avril dernier. »

Mais l’heure tourne, il est temps de quitter le bateau. Dommage, on reste à quai admirant le ballet des remorqueurs… .

Nathalie Ricordeau

*La société Boluda, filiale française du conglomérat espagnol Boluda Corporation Maritima, emploie à Saint-Nazaire plus de 70 personnes et y possède six remorqueurs : Ouragan, Typhon, Le Croisic, Guérande, Le Pouliguen et Belle-Ile. Chaque bateau effectue une quinzaine de manœuvres par semaine.

 
 
 
Saint-Nazaire associations tous droits réservés 2010 - Mentions légales