L'electro, la musique de tous les possibles

Publié le 12 septembre 2017

La belle voyageuse Maud Geffray sera sur la scène du Vip ce 16 septembre : un premier concert dans sa ville natale.

Maud Geffray a commencé sa vie comme ce que l’on pourrait appeler une nazairienne type : elle est née à l’hôpital, est allée au collège Manon-Roland puis au lycée Aristide-Briand. Elle a aussi appris le solfège et le piano au Conservatoire de la ville (avec la participation à la chorale qui va avec). « J’ai pris beaucoup de plaisir avec le piano, jusqu’à l’année où j’ai eu une prof très dure, qui mettait une pression terrible. » A 18 ans, la voilà étudiante en Information Communication à Angers. Mais comme le hasard joue souvent de drôles de tours, c’est en vacances au pays qu’elle rencontre l’Angevin Seb (Sébastien Chenut), DJ d’été du club Churchill de La Baule. La courbe du virage est entamée.

« J’ai commencé le mixage avec Seb en parallèle de mes études, c’était notre aire de jeu. Nous sommes ensuite montés à Paris pour poursuivre nos études. J’ai obtenu une maîtrise de Scénario à la Sorbonne. Je souhaitais relier mes deux passions, le cinéma et la musique. » Mais Maud passe de plus en plus de temps à “jouer“ sur ses machines alors que sa confrontation avec le marché du travail ne se passe pas au mieux. « Je suis entrée dans une boîte de production, je ne me sentais pas bien. Il fallait faire un choix. Un jour, j’ai téléphoné à mes parents à Saint-Nazaire pour leur annoncer que j’avais pris ma décision : me consacrer totalement à la musique. Et Seb et moi avons créé le duo Scratch Massive, c’était en 1999. » La route était ouverte : un premier EP avec le petit label Euterpe Music (KABA Freestyl), suivi de l’album Remix Part one (label Chateaurouge). « Le grand tournant a eu lieu en 2003, quand nous avons fait l’album Enemy & Lovers en licence chez Warner. »

Depuis, les albums, les lives, les BO*, et même une petite incursion dans la pub avec le parfum Only the Brave de Diesel et la création de bORDEL, leur propre label, se sont enchaînés aux quatre coins de la planète, les deux musiciens partageant leur vie entre Paris et Los Angeles. « Avec mes claviers, je peux jouer de tous les instruments, même de ceux qui n’existent pas. C’est une autre façon de faire de la musique, une ouverture de tous les possibles. Je suis contente d’avoir eu une formation classique parce que j’ai besoin de maîtriser ma composition, mais ce n’est pas indispensable, certains n’ont jamais étudié la musique. J’aime être seule aux manettes, j’aime cette autonomie, et si c’est un univers un peu solitaire, cela me convient. »

Cela lui convient tant que Maud a eu envie de mener parallèlement ses propres projets, sous son propre nom. D’abord en 2015 avec la BO de 1994, film tourné en super 8 par Christophe Turpin lors d’une rave – en 1994 – sur une plage bretonne. Puis est venu le départ en Laponie pour le film Kaamos, réalisé avec Jamie Harley pour la soirée de clôture des Journées du Film d’Art du Musée du Louvre, où elle a travaillé le son en direct. Kaamos ? « C’est la nuit polaire, la nuit permanente de l’hiver, c’est aussi la seule petite heure étrange où il fait jour. Comme un cocon noir, porteur de nostalgie, pesant. Ce pourrait être une période morbide, mais non car les gens sont ensemble, ils suivent les traditions de Noël pendant tout un mois, leurs intérieurs sont chaleureux, ils continuent à vivre. On se sent étonnement protégé. » Cela lui ressemble bien : chaleur dans la glace, flamme dans la nuit, maîtrise dans le risque, immense rage de vivre dans une aussi immense mélancolie, magicienne du temps qui passe à la voix d’une grande pureté. De Kaamos est issu Polaar, son premier album en solitaire, une création à partir des thèmes sonores du film.

Voilà donc – enfin – Maud Geffray, 40 ans, sur la scène nazairienne pour un Polaar set effréné. « Je vais retravailler des tracks de mon album, retravailler les pistes, pour un moment intense de dance floor, partir du connu pour m’évader dans l’improvisation. J’aime jouer de ma liberté avec ma propre matière. Risqué ? Un peu, je suis comme cela, je ne sais jamais où je vais avant d’y être. Mais je suis impressionnée par ce premier concert dans ma ville, j’avoue. C’est comme une nouvelle rencontre, excitant, ce ne sera pas comme ailleurs. »

Mireille Peña

* La BO de Broken English (2007) et de Day Out of Days (2015), de Zoé Cassavetes.

Le Vip, samedi 16 septembre, 22h, avec Tambour Battant, Jumo et Ink.
Tarifs : de 7 € à 13 €.
Réservation : 02 51 10 00 00, www.leVip-saintnazaire.com

 
 
 
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